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    Comment notre prénom influence notre vie

    Des recherches le montrent: votre visage et votre parcours personnel, scolaire, professionnel et social sont différents selon que vous êtes prénommé Louis, Marguerite, Diane, Killian ou Kevin. Décryptage.

    Publié le 
    9 Mai 2018
     par 
    Saskia Galitch

    Le petit Louis Arthur Charles aura probablement l’avenir radieux que lui promettent ses ascendances Windsor. En lui offrant ces trois prénoms royaux, Kate et William de Cambridge ont mis toutes les chances de réussite de son côté. Car oui, ces noms de baptême chargés d’histoire et de symboles vont influencer non seulement les différents aspects de sa vie personnelle, sociale ou professionnelle (si, si!) mais aussi son apparence.

    De fait, comme le démontrent de nombreuses recherches conduites à travers le monde ces dernières années, s’appeler Pierre, Hector ou Kevin, Jessica, Herminie ou Julie peut influer significativement le cours d’une destinée. Et ce «au-delà de l’intuition que nous pouvons en avoir», relève la chercheuse en psychologie sociale et professeure à HEC Paris Anne Laure Sellier. Comment et pourquoi? Explications…

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    Est-ce un petit air un peu voyou, des cheveux un rien ébouriffés, un éclat particulier dans les yeux? Le fait est qu’un Gérard aura la tête d’un Gérard et une Charlotte, celle d’une Charlotte – comme le démontre une vaste étude franco-israélienne lancée en 2011 et publiée en 2017 dans le «Journal of Personality and Social Psychology».

    Co-auteure de cette recherche qui constate donc que «nous ressemblons physiquement à notre prénom», Anne Laure Sellier en explique les tenants et aboutissants. En gros, dit-elle, dès notre naissance, nous baignons dans les attentes, les images ou les mythologies attachées à notre prénom. Celles-ci sont projetées par nos parents et notre entourage sans même qu’ils le réalisent. C’est là que tout se joue: «Profondément sociaux et façonnés les uns par les autres, les humains ont besoin de se sentir reconnus et acceptés. Ce qui induit des processus d’imitation qui peuvent mener très loin. Ainsi, notre étude a montré que le matin, un Stéphane, une Claire ou une Julie sont motivés à se préparer comme un Stéphane, une Claire ou une Julie.»

    Egalement auteure du passionnant «Le pouvoir des prénoms» (Ed. Héliopoles, 2018), la psychologue sociale précise: «De manière inconsciente, pour ne pas détonner, avec plus ou moins de difficultés, selon qu’on aime ou non s’appeler Germaine ou Marcel, on va chercher à imiter les stéréotypes qu’une société donnée (large ou plus restreinte) a globalement accolés à notre prénom.» Ce mécanisme évolue d’ailleurs au fil du temps: «Quand j’étais gamin, Brian était souvent mal prononcé, mais je n’ai jamais ressenti de pression spéciale. Pourtant, si je réfléchis, c’est vrai que depuis la sortie de la série «Breaking Bad» en 2008 (dont le héros est incarné par l’acteur hyperpopulaire Bryan Cranston), je me la joue volontiers affreux chimiste!» sourit cet étudiant vaudois de 28 ans.

    Et quid des noms de baptême vierges de tout cliché parce que rarissimes, voire inventés? Apparemment, une Ea ou un K, ressentant qu’ils passent plutôt pour des originaux, tenteront de se conformer à cette vision d’eux-mêmes qu’ils perçoivent instinctivement dans leur entourage. Même si l’effet miroir est atténué, cela finira par se traduire physiquement – via le visage, la coiffure, les tenues et/ou le comportement.


    Paru tout récemment, ce livre passionnant signé Anne Laure Sellier analyse avec humour le pouvoir des prénoms.

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    Des choix téléguidés

    Le prénom que l’on porte influence nos choix de vie de manière surprenante. Si elle en a la possibilité, Sacha préférera ainsi: habiter à Chamby, exercer comme chamane, se parfumer au Shalimar ou s’acoquiner avec des Sarah et des Salman plutôt qu’avec des Juliette et des Pierre. Un phénomène étonnant – qui s’explique par «l’égotisme implicite», soit une forme de narcissisme inconscient. «Il est aujourd’hui prouvé que nous avons tendance à être attirés par des choses qui nous ressemblent, clarifie Anne Laure Sellier. Parce qu’elles nous apparaissent comme familières, elles nous semblent rassurantes et confortables. Cet «effet doudou» va jusqu’aux lettres – et notamment celles de notre prénom, que l’on aime retrouver dans le nom d’une ville, d’un métier, d’une marque ou d’une personne!»

    Un impact scolaire

    Eléonore a-t-elle un meilleur potentiel scolaire et universitaire que Sandie? A lire les statistiques mettant en regard prénoms et résultats au baccalauréat français mises à jour en continu par le sociologue Baptiste Coulmont, on pourrait l’imaginer. Concrètement: entre 2012 et 2017, seules 4% des Sandie ont obtenu une mention «Très bien» contre 16% des Eléonore. Sur la session 2017, les Elise, Juliette, Alice ou Louise étaient entre 18 et 21% à être gratifiées d’un TB, alors que les Ryan, Mehdi, Jordan ou Allison n’étaient que de 2,2 à 3,8%. Cela dit, prévient le sociologue, «ce n’est pas le prénom qui fait réussir ou échouer», mais plutôt l’origine sociale des bacheliers – origine que le prénom reflète généralement.

    Il faut aussi relever que les appellations trop exubérantes, issues des beaux quartiers, de type Childéric ou Térébenthine, comme la cadette de l’ex-députée Cécile Duflot, n’ont pas toujours la cote auprès des profs. Surtout si ces élèves ne sont «pas à la hauteur» de leur prénom. Herminie, 25 ans, avoue par exemple avoir ressenti une forme de mépris de la part de ses maîtres: «C’était comme si le fait de m’appeler comme ça faisait de moi quelqu’un de forcément doué. Et comme je ne l’étais vraiment pas…»

    Dans le même ordre d’idées, une recherche effectuée aux Etats-Unis démontre que les enseignants ont tendance à mieux noter le travail d’un étudiant portant un prénom classique. «Une Emilie Clamart aura un avantage sur une Aïnoa Ergdemont», confirme Anne Laure Sellier. Elle ajoute: «La facilité de prononciation et l’orthographe conventionnelle (Chloé plutôt que Kloé) résonnent mieux dans l’esprit de tout un chacun.»

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    La clé de la réussite socioprofessionnelle?

    Selon que l’on s’appelle Marie, Christophe ou Mohamed, notre vie professionnelle n’aura pas la même trajectoire. En 2011, des psychologues américains ont constaté que «plus les avocats portent un prénom et un nom faciles à lire et à prononcer, plus ils occupent des postes élevés dans leur cabinet». En France, entre 2013 et 2014, l’économiste Anne-Marie Valfort a démontré, elle, qu’à nom de famille égal, il suffisait de changer de prénom sur un CV (en le francisant, en le rendant facile à prononcer ou en en modifiant l’orthographe) pour obtenir plus de réponses positives. En résumé: «Mohammed, Samira, Dov et Esther auront bien moins de chances d’être convoqués à un entretien que Michel ou Nathalie.» Et Baptiste Coulmont de confirmer que les connotations «sociales, culturelles et religieuses» associées aux petits noms influencent les recruteurs et employeurs, profitant aux uns et discriminant les autres: «Statistiquement, on trouve tout de même assez peu de Kevin dans le milieu des avocats», note-t-il.

    Par ailleurs, il a aussi été démontré que «la sonorité agréable d’un prénom conduit à une sympathie spontanée». Plus fort encore: la chercheuse en linguistique Amy Perfors a constaté qu’un même visage associé à un prénom peu populaire est jugé moins beau qu’avec un prénom apprécié, tandis que des chercheurs en sciences politiques américains estiment «que le prénom est un élément-clé de succès dans la conquête du pouvoir et qu’il influence nos jugements et le vote des indécis». Hillary Clinton aurait-elle donc dû se faire rebaptiser Daisy?

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    Un rôle d’indicateur

    Comme l’explique désormais la sociologie, le prénom est un formidable marqueur qui «dit autant de choses sur nous-mêmes que sur ceux qui nous l’ont donné», relève Baptiste Coulmont.

    D’abord, il peut exprimer une génération. Ainsi, les bébés prénommés Nicole, Martine, Jean-Paul et Jean-François furent légion dans les années 50-60, mais sont aujourd’hui nettement plus rares. A l’inverse, peu courant entre 1945 et 2005, Gabriel fait, depuis, une remontée spectaculaire. Tout comme Léa, prénom délaissé des décennies durant parce que perçu comme désuet, et qui connaît une vague de popularité impressionnante depuis 1995. Le genre n’échappe pas à cette caractérisation. «Sauf quand on a un prénom mixte et qu’on doit systématiquement préciser son sexe!» rigole la jeune Camille.

    Par ailleurs, l’origine ethnique se retrouve souvent dans les appellations. Il y a ainsi fort à parier que Ravi a des racines indiennes, Jamel maghrébines et que Kalina ou Jelena soient ressortissantes d’un pays de l’Est. Les religions se font aussi jour dans les choix parentaux. A côté des classiques David ou Salomon, de nombreux noms restent connotés. C’est le cas même lorsque ceux qui les portent se disent athées convaincus, à l’instar d’Ohad, Yassine ou Jean, par exemple.

    Enfin, le milieu socioculturel marque lui aussi les enfants de son empreinte. Nicolas Guéguen, auteur de «Psychologie des prénoms» (Ed. Dunod), relève ainsi que si «Argante passe très bien dans les milieux favorisés, il est perçu comme ridicule chez les ouvriers ou les paysans», alors que «les noms inspirés des séries TV américaines, assez répandus dans les milieux populaires dans les années 1980-1990, n’ont jamais eu les faveurs des classes aisées», spécifie Baptiste Coulmont.

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    Un héritage parfois lourd

    Imposées à la naissance comme un tatouage non choisi, selon l’expression d’Anne Laure Sellier, ces quelques lettres identitaires incarnent souvent les attentes et les désirs plus ou moins clairs des parents. En optant pour Aliénor, Alexandre, César, Tibère ou Victoria, on souhaite un destin particulier à sa progéniture, on lui assigne une espèce de mission. «Les prénoms sont presque toujours chargés d’une intention familiale, de quelque chose qu’on aurait aimé faire et qui se réalise symboliquement par la façon dont on nomme son enfant», écrivait récemment le psychanalyste Jean-Pierre Winter.

    «Personnellement, je suis ravi d’être associé à un héros de la guerre de Troie. Cela dit, sans vouloir faire de psychologie de cuisine, je trouve quand même assez rigolo que ma mère ait tenu à m’appeler Hector, sachant qu’elle se nomme… Hélène!» note en riant ce brillant étudiant français. De son côté, Jessica, sémillante Vaudoise de 26 ans, fait partie de ceux qui n’apprécient que moyennement cet héritage parental: «Ils trouvaient ça joli, tout simplement. Le hic, c’est que j’ai passé mon enfance et mon adolescence à prendre des allusions plus ou moins lourdes à Jessica Rabbit et des blagues idiotes – du genre: Monsieur et Madame Rote dans le Jardin ont une fille (j’ai six carottes dans le jardin…) Bon, en même temps, maintenant je les remercie: ça m’a forcée à développer mon caractère et mon sens de l’autodérision!»

    Et chez les people...

    Lourd à porter: North, la fille de Kim K. et de Kanye West.


    © Getty Images

    Classique et passe-partout: Charlotte, la fille de Kate et William.


    © Christian Charisius

    Lourd à porter bis: Jamie et Jools Oliver ont prénommé leurs enfants: Poppy Honey, Daisy Boo, Petal Blossom, Buddy Bear et River Rocket.


    © GC Images

    Bilingue: Lou Doillon et son fils Marlowe Jack Tiger.


    © Getty Images

    Provoc minimaliste: Philippe Starck avec sa petite Oa.


    © Foc Kan WireImage
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